roman laval
le ciel pour terrain d’observation...
Prévisionniste pour Météo Aveyron, observateur passionné du ciel et chasseur d’orages, Roman Laval a fait de la météorologie bien plus qu’une simple affaire de pluie et de beau temps. Sa passion, née d’une peur d’enfant, l’a conduit à décrypter les modèles numériques, à parcourir le département et à partager ses connaissances avec le public. Appelé ponctuellement à remplacer Rémy André sur Sud Radio, il ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre d’une aventure commencée, très simplement, le nez en l’air.
D’où vous vient cette passion pour la météorologie ?
Elle a commencé très tôt, à la suite d’un épisode de vent violent. Au départ, c’était une peur. Je voulais comprendre ce qui se passait, pourquoi ces phénomènes se produisaient et pourquoi ils m’effrayaient autant. Petit à petit, cette peur s’est transformée en passion.
Je me suis mis à observer le ciel, à enfourcher mon vélo pour aller voir les orages et à rechercher des informations. J’ai découvert qu’un phénomène violent ne se résumait pas à quelques rafales, à de la pluie ou à des éclairs. Derrière chaque événement, il existe toute une configuration atmosphérique, avec la température, l’humidité, la pression, le vent et les mouvements des masses d’air.
Très jeune, je constituais déjà des carnets d’observation. J’y notais la température, la vitesse du vent, les points de rosée que j’allais chercher sur Internet et tout ce que je pouvais observer à l’œil nu. Au fil des années, ces carnets ont constitué des historiques. J’ai pu établir des moyennes, comparer les situations et comprendre que l’on pouvait anticiper certains phénomènes en étudiant ce qui s’était déjà produit.
Je me suis ensuite intéressé aux centres d’action atmosphériques, aux radiosondages et aux modèles numériques. À l’époque, les modèles n’étaient pas aussi précis qu’aujourd’hui. Leurs mailles étaient beaucoup plus larges et il fallait vraiment apprendre à les décrypter. J’ai progressivement poussé l’analyse vers des modèles à mailles fines, qui travaillent aujourd’hui sur des zones beaucoup plus resserrées et offrent une vision plus détaillée.
Mais les modèles ne suffisent jamais. Il faut conserver une lecture du ciel et comparer en permanence ce qui est annoncé à ce qui se produit réellement.
Pourquoi avoir créé Météo Aveyron et que souhaitiez-vous apporter de différent ?
Des pages consacrées à la météo existaient déjà sur les réseaux sociaux. Je ne voulais pas simplement en créer une supplémentaire. Mon idée de départ était de proposer un site Internet consacré à l’analyse et à la prévision des phénomènes sévères, notamment les orages violents.
J’avais constaté que ces phénomènes devenaient plus présents et parfois plus précoces, avec davantage de fortes chaleurs, de grêle et de vent violent. Il me semblait important de disposer d’un outil local permettant de suivre ces évolutions et d’informer les habitants.
Météo Aveyron est ensuite devenu plus généraliste, avec des prévisions quotidiennes, tout en conservant cette spécialisation dans les orages violents. Il m’arrive également d’élargir les analyses à l’ensemble de l’Occitanie lorsque la situation l’exige, car les phénomènes météorologiques ne s’arrêtent évidemment pas aux limites administratives d’un département.
L’autre dimension importante est la pédagogie. Je ne veux pas seulement dire qu’il fera beau, qu’il pleuvra ou qu’un orage est possible. Je souhaite expliquer ce qui se cache derrière une prévision, pourquoi un phénomène peut se produire et pourquoi, parfois, le scénario évolue au dernier moment.
À travers mes vidéos, notamment sur Facebook, j’essaye de vulgariser la météorologie. Je montre les observations que l’on peut faire et les éléments nécessaires à la construction d’un bulletin. Je veux permettre aux personnes qui me suivent d’entrer dans mon quotidien et dans ma passion, mais aussi leur donner envie de regarder autrement ce qui les entoure.
Peut-on réellement parler d’une seule météo aveyronnaise ?
Non, car l’Aveyron est un département particulièrement diversifié. L’Aubrac, le Lévézou, le Ségala, le Larzac, les Rougiers, le Ruthénois et les bassins de Decazeville ne réagissent pas de la même manière. L’altitude, le relief, l’exposition, l’humidité et l’accumulation de chaleur créent des situations très différentes.
Sur l’Aubrac, par exemple, on peut avoir un grand ciel bleu sur une grande partie du département et voir soudain apparaître quelques orages isolés. C’est ce que l’on appelle un forçage local ou orographique. Lorsqu’une masse d’air rencontre un relief, elle est contrainte de s’élever. En prenant de l’altitude, elle se refroidit, ce qui peut favoriser la condensation, la formation de nuages et parfois le déclenchement d’un orage.
Le Lévézou possède également un climat particulier, avec une altitude moins élevée que l’Aubrac, mais une humidité qui ne s’accumule pas de la même façon. Dans les bassins et les cuvettes, notamment autour de Decazeville, la chaleur peut rester davantage concentrée. La situation est encore différente sur le Ruthénois ou en allant vers les causses et les Rougiers.
Du nord au sud du département, nous rencontrons donc plusieurs influences et une multitude de microclimats. C’est ce qui rend la météo aveyronnaise particulièrement intéressante, mais aussi parfois difficile à prévoir.
Tout dépend néanmoins du phénomène. Lorsqu’un front pluvieux bien organisé traverse l’ensemble du département du nord vers le sud, nous pouvons généralement prévoir son passage avec une assez bonne précision. Pour les orages, la situation est beaucoup plus complexe. Une faible variation de température, d’humidité ou de vent, associée au relief, peut provoquer un déclenchement local qui n’était pas attendu.
Comment construit-on une prévision locale fiable ?
La première étape consiste à consulter plusieurs modèles numériques. Nous étudions de nombreuses données issues de capteurs afin de comprendre ce qui se passe dans l’atmosphère. Une baisse importante de la pression avant une dégradation orageuse peut, par exemple, confirmer que le terrain devient favorable.
Nous examinons également les profils verticaux de l’atmosphère, la couverture nuageuse en temps réel, les températures, les vents et le taux d’humidité. Lorsque je travaille sur une prévision, j’essaye aussi de rejoindre un point de vue offrant, si possible, une visibilité à 360 degrés. Je réalise des relevés de vent et de température, je vérifie le point de rosée et j’observe la formation des nuages.
Il faut absolument confronter les modèles numériques à la réalité. Si les données consultées le matin ne correspondent pas à ce que j’observe sur le terrain, je note cette différence et je cherche à comprendre quelles variables locales ont modifié le scénario.
Nous utilisons également des modèles dits « ensemblistes ». Au lieu de fournir une seule prévision, ils proposent plusieurs scénarios à partir de conditions légèrement différentes. Nous pouvons ainsi voir si un épisode pluvieux ou orageux risque de passer plus au nord, plus au sud, de s’intensifier ou, au contraire, de ne pas se produire.
À partir de ces scénarios, nous établissons une carte de probabilités. Une zone identifiée comme exposée ne signifie pas que toutes les communes seront touchées, mais que le risque y est plus important.
Il reste toujours une part d’incertitude. Pour un front pluvieux classique, la fiabilité peut approcher 90 %. Pour les orages ou les épisodes neigeux, la prévision est beaucoup plus délicate. L’atmosphère reste en mouvement permanent et une petite variation peut modifier l’ensemble du scénario.
Vous êtes également chasseur d’orages. Que recherchez-vous sur le terrain ?
La première chose, c’est de ne pas me faire foudroyer ! Plus sérieusement, la sécurité doit toujours rester prioritaire. Un orage peut produire de la foudre, de fortes précipitations, de la grêle et des rafales violentes. Ce sont des phénomènes magnifiques, mais dangereux.
Lorsque je pars sur le terrain, je veux avant tout vérifier si les modèles consultés correspondent à la réalité. Je regarde comment l’orage se forme, comment il évolue et dans quelle direction il se déplace. Si ce que j’observe ne correspond pas à la prévision, je l’enregistre dans un carnet ou dans mes archives informatiques. Je cherche ensuite les variables qui ont pu influencer la situation.
La chasse aux orages est donc un prolongement de mon travail de prévision. Elle permet de progresser, car chaque phénomène apporte de nouvelles informations. On peut consulter toutes les cartes possibles, rien ne remplace l’observation directe du ciel.
Il y a aussi la beauté du phénomène et la photographie. J’essaye de réaliser des compositions qui associent l’orage au territoire : le viaduc de Millau avec la foudre en arrière-plan, la cathédrale de Rodez sous un ciel électrique ou un paysage aveyronnais éclairé pendant quelques secondes.
Beaucoup de personnes craignent l’orage. Je comprends cette peur puisque c’est justement elle qui est à l’origine de ma passion. Mais un orage ne se réduit pas à sa violence. Il peut aussi être magnifique et donner une autre dimension au paysage.
Les réseaux sociaux rapprochent-ils le public de la météo ou favorisent-ils les annonces excessives ?
Ils présentent un avantage considérable : l’information peut circuler extrêmement rapidement et toucher énormément de monde, parfois davantage que certains médias traditionnels. Les particuliers, les agriculteurs, les collectivités et même les services publics utilisent aujourd’hui les réseaux sociaux pour suivre l’évolution du temps.
Mais leur principal avantage est aussi leur principal défaut. Tout le monde peut créer une page météo et publier ses propres informations, sans forcément posséder les connaissances nécessaires. Certaines prévisions sont sérieuses, tandis que d’autres sont approximatives ou complètement fausses.
L’intelligence artificielle renforce aujourd’hui cette difficulté. Une carte météo sérieuse peut demander plusieurs heures de travail, avec l’étude des modèles, des probabilités et des différents scénarios. À côté de cela, une carte spectaculaire peut être générée en quelques minutes sans véritable analyse.
J’ai récemment vu circuler plusieurs cartes conçues de cette manière. Elles plaçaient certains départements en situation de risque important alors que rien ne justifiait réellement cette alerte. Ces publications ont pourtant été repartagées par des centaines de personnes.
Le problème est que les internautes voient une carte colorée, apparemment professionnelle, et pensent qu’elle est forcément fiable. Le travail des personnes qui analysent réellement les données se retrouve noyé au milieu d’informations fausses ou exagérées.
L’intelligence artificielle peut pourtant devenir un outil utile. Associée aux supercalculateurs, elle pourrait aider les prévisionnistes à analyser plus rapidement une très grande quantité de données et à comparer plusieurs scénarios. Mais elle doit rester un outil au service de personnes capables d’interpréter les résultats. Elle ne remplace ni les connaissances, ni l’expérience, ni l’observation.
Le changement climatique modifie-t-il déjà la météo de l’Aveyron ?
À mon niveau et avec mon expérience, je constate que les épisodes de chaleur sont plus récurrents. Les témoignages recueillis auprès de personnes plus âgées vont également dans ce sens. Nous observons des températures plus élevées, une humidité qui diminue et des sols de plus en plus secs.
Les risques d’incendie deviennent plus importants, avec la possibilité de connaître des feux de très grande ampleur. La chaleur modifie également le comportement des orages. Lorsque les températures sont élevées, davantage d’énergie peut s’accumuler près du sol. Si cette énergie est ensuite soulevée en altitude par un mécanisme de forçage, elle peut alimenter des phénomènes beaucoup plus violents.
Nous risquons donc de connaître des orages produisant de fortes rafales et des grêlons plus gros. Les phénomènes sévères peuvent également se déclencher plus tôt dans la saison.
Ces évolutions compliquent la prévision météorologique. Certains modèles ont été construits à partir de références climatiques qui ne correspondent plus toujours aux températures et aux niveaux d’énergie observés aujourd’hui. Lorsque les conditions sortent de ces références, les résultats peuvent perdre en précision.
La sécheresse crée un autre paradoxe. Nous avons besoin de pluie, mais des précipitations trop brutales sur des sols très secs peuvent ruisseler au lieu de s’infiltrer et provoquer des inondations. Trois jours de pluie seraient utiles, mais tout dépend de leur intensité et de l’état des sols.
La météorologie doit donc nous apprendre à observer les phénomènes, mais aussi à mieux comprendre notre environnement. Si nous avons parfois du mal à mesurer les bouleversements actuels, c’est aussi parce que nous avons cessé de regarder suffisamment ce qui se passe autour de nous.
Que représente pour vous le fait de remplacer ponctuellement Rémy André sur Sud Radio ?
C’est une chance énorme et une marque de confiance. Cela signifie que le travail réalisé et les informations diffusées donnent une image suffisamment sérieuse et professionnelle. Même si la météo n’est jamais une science exacte, cette proposition représente une forme de reconnaissance.
C’est aussi le début d’une nouvelle aventure avec Rémy André. Il possède énormément d’expérience et peut m’apporter beaucoup, notamment dans la manière de transmettre une prévision à la radio. Il y a beaucoup de choses à apprendre à ses côtés.
Sud Radio me permet également de toucher un public beaucoup plus large. Il faut être clair, précis et aller rapidement à l’essentiel, tout en rappelant les incertitudes lorsqu’elles existent. C’est un exercice différent des vidéos ou des publications sur Internet, mais toujours avec le même objectif : donner une information utile et compréhensible.
Pour la suite, j’espère que les nouvelles technologies permettront de prévoir plus tôt les phénomènes dangereux et de mieux en limiter les conséquences. L’intelligence artificielle et les supercalculateurs peuvent apporter une aide précieuse, à condition d’améliorer aussi les modèles pour qu’ils prennent en compte les nouvelles réalités climatiques.
Quant à ma météo aveyronnaise idéale, en tant que passionné, je serais tenté de répondre : des orages tous les jours, mais sans trop de grêle ! Plus raisonnablement, je choisirais du soleil et quelques nuages le matin, un orage l’après-midi, un peu de pluie, puis deux journées plus calmes. Le tout avec des températures ne dépassant pas 32 ou 33 degrés.
Heureusement, personne ne peut choisir le temps qu’il fera. Sinon, entre ceux qui veulent de la pluie, ceux qui réclament du soleil et les passionnés qui attendent les orages, nous passerions notre temps à nous disputer. Le ciel, lui, conserve le dernier mot.





