Dans les années cinquante, c’était encore évident. De parler occitan en famille. Surtout lorsqu’on est né du côté d’Espalion, en plein territoire de la langue d’Oc. Le petit Jacques Privat était de ceux-là… « J’ai toujours entendu parler occitan à la maison. » Voilà déjà de quoi vous forger une enfance.

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Jaumes Privat

Par la suite, le petit Jacques suit son cours de jeune enfant bonhomme. Jusqu’au bac : « J’ai pris option occitan pour gagner des points », lâche Jacques, qui par la suite va faire des études de lettres à Montpellier pour s’orienter fort logiquement… vers la photographie. « Une opportunité, à Rieupeyroux. » Et voilà notre petit grand Jacques à faire des clics et des clics., sans claque, à faire des photos d’enfants, de mariages, des photos la saison d’été sur la plage de Narbonne.

Peut-être le premier pas vers l’art, ou l’expression artistique. L’expression. Chez Jacques devenant Jaumes, elle va venir de là, de l’art. Il s’essaie donc à tout, l’écriture surtout. « A l’adolescence, on veut tous être Arthur Rimbaud. »

Dans les années 73-74, à l’âge des luttes sur le Larzac, voilà Jaumes dans le groupe Cardabelle, du « revival folk occitan », avec notamment Didier Aussibal dans la bande. Une époque, une bande qui traficotait autour de l’art, avec l’occitan en fil rouge, une « matière » artistique que la plume du désormais Jaumes Privat affectionnait. Le français de Rimbaud, même s’il restait près du coeur, il était loin finalement, et littéralement, de l’enfance de Jaumes, des discussions autour de la table, de la vie de tous les jeunes jours. La vie des vingt ans, ceux qu’on n’a pas tous les jours. Certains même n’ont eu jamais vingt ans, quand bien même finissent-ils dans un Ehpad.

Mais Jaumes a vingt ans, il se souvient de ses souliers, sous lesquels poussaient des racines, des racines avec l’accent d’ici. Alors, comme il peint sûrement avec l’occitan dans la tête, comme il sculpte aussi, il sculpte ses poèmes dans la langue occitane. Qui lui offre de bien meilleurs horizons. « L’occitan, ça me permet de m’exprimer de façon différente. Chaque langue a sa vision du monde. Et puis je peux inventer des choses, le système linguistique est différent, on peut inventer des mots avec deux autres, inventer des diminutifs, faire des verbes avec des mots… Et je me suis aperçu que c’était pareil en grec. »

Alors vogue la langue. Il rencontre Luc Aussibal, frère de Didier, pour lequel il se met à écrire des chansons jusqu’au jour d’aujourd’hui. Une longue histoire d’affinités partagées, et une approche moderne de la tradition, tout en rock, en bouillonnement tranquille d’idées, d’expression, dans le fond et dans la forme. Loin du folklore, mais plus près des racines.

Et les poèmes s’enchaînent comme s’enchaîne une vie. Du moment qu’on a la clé. Jaumes l’a, dans les mots, avec une dizaine de recueils de poèmes, des peintures, des sculptures. Des échanges. De quoi tracer un fil d’Ariane à la grecque dans la culture occitane. Culture qu’il incarne de différentes manières, lors de l’Estivada de Rodez en juillet, d’une exposition à la Chartreuse de Villefranche en août, ou la parution d’un recueil de poèmes dont le dernier « Détails », il y a peu.

Quand on a trouvé sa langue, les petits plaisirs de la vie sont les meilleurs à prendre.


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