CARNET NOIR

Disparition de Bernard CAUHAPE

Comme son nom l’indique, il était à lui tout seul une onomatopée interrogative, un questionnement exclamatif. Bernard Cauhapé, qui s’est éteint à l’âge de 70 ans, pinceaux en main et ritournelles en bouche, garnies d’un mescladis de fins jurons occitans, fait partie de cette grande famille d’artistes rebelles, joyeux, inclassables, bref de ces iconoclastes comme l’Aveyron sait en faire (même qu’on se demande comment qu’il les fait), qui a quelque part toujours au coin des lèvres la langue d’aïci : de René Duran à Savignoni père en passant par les chansons courtes de Wally, en passant par Guy Brunet et bien d’autres, ces inclassables du 12 en ont, de la classe.


Artiste tout terrain, musicien, comédien, illustrateur et peintre, Bernard Cauhapé, en fabuleux troubadour, a réinventé la ligne Imaginot qui fait que le Sud, que l’Occitanie, n’a pas le même accent dans ses œuvres que les grandes chapelles culturelles des capitales.

Du Macarel Show aux travées de l’Estivada de Rodez du temps où elle parlait en roulant les R, ou les airs, ou encore sur scène pour pousser au cul (et au QI) les nouveaux artistes ou les ressortir du placard, l’onomatopée Cauhapé redonnait ses lettres de noblesse à l’art rural, ou rendait sa ruralité à la culture mondiale. Avec lui le rire, la dérision, l’ironie ne sont jamais de T.R.O.P., elles agricultivent comme une ferme, du bon grain, de l’ivraie, de l’ivresse, jamais de la mauvaise herbe.

C’est que par les temps qui courent, ce genre de cultures qu’arrosait Cauhapé nous aurait bien été nécessaires. Peut-être est-ce pour cela qu’il a décidé de casser sa pipe, ultime pied- de-nez du clown au grand cirque des tristes sires. Un adieu tonitruant, onomatopesque, et pour Cauha ?

Paix à toi, l’ami.

Partager cet article :

CLUB Aveyronline

Le CLUB Aveyronline est créé pour vous proposer des offres exclusives, des invitations à des enregistrements et/ou avant-premières aux projections de films et reportages…

Les plus lus