CHATEAU de taurines

Kenia Almaraz Murillo tisse la lumière

Jusqu’au 17 octobre 2026, le Château de Taurines, à Centrès, accueille Créatures de fil et de lumière, une exposition consacrée à Kenia Almaraz Murillo. Entre textiles andins, sculptures lumineuses et figures animales, l’artiste compose un univers où les savoir-faire ancestraux rencontrent les matériaux et les technologies contemporaines.

Expo Taurine 04

Née en 1994 à Santa Cruz de la Sierra, en Bolivie, et diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2020, Kenia Almaraz Murillo développe depuis une dizaine d’années une œuvre singulière, à la croisée du tissage, de la peinture, de la sculpture et de la lumière.

Présentée cet été au Château de Taurines, l’exposition Créatures de fil et de lumière permet de parcourir dix années de création, depuis les premières peintures de la série INTI, réalisées en 2015, jusqu’aux installations conçues spécialement pour cette exposition.

Au cœur de cette recherche se trouve le fil. Celui-ci n’est pas seulement un matériau : il devient un langage, une mémoire familiale et culturelle, mais aussi un territoire d’expérimentation. La laine, l’alpaga et le coton côtoient ainsi le plexiglas, l’acier, les fils métalliques anciens, les écrans, les phares de moto et les dispositifs lumineux.

Nourrie par l’héritage des traditions textiles andines, Kenia Almaraz Murillo ne cherche pas à reproduire les formes du passé. Elle les réinterprète et les confronte à son environnement contemporain. Ses œuvres associent les gestes patients du métier à tisser à des matériaux urbains et technologiques. Le fil devient alors le point de rencontre entre deux cultures, entre l’artisanat et l’art contemporain, entre une mémoire transmise et un monde en constante transformation.

Les peintures de la série INTI, dont le titre renvoie au dieu Soleil dans les cultures andines, montrent combien le tissage était déjà présent dans l’imaginaire de l’artiste avant même qu’elle n’en maîtrise les techniques. Les lignes, les répétitions et les structures géométriques évoquent les aguayos, ces textiles traditionnels des Andes dont les couleurs et les motifs irriguent son travail.

Un bestiaire entre nature, rêve et technologie

L’exposition est peuplée d’animaux et de créatures énigmatiques. Tigre, crocodile, aigle, cygnes, scarabée, tatou ou oiseau vert apparaissent rarement sous une forme réaliste. Ils surgissent à travers les rythmes du tissage, les vibrations de la couleur, la lumière d’un néon ou le regard frontal de deux phares de moto.

Dans Señor Tigre, les tonalités orange et noires suggèrent le pelage du félin. Deux phares composent un regard lumineux, tandis qu’un ronronnement entretient une ambiguïté entre la présence de l’animal et celle d’un moteur. Cette œuvre marque aussi l’introduction, dans le travail de Kenia Almaraz Murillo, de fils d’or français du XVIIIe siècle. Ceux-ci entrent en dialogue avec les fibres et les savoir-faire boliviens.

Avec El Cocodrilo, réalisé en 2025, l’artiste rend hommage à un autre grand prédateur, envisagé comme une divinité de la forêt. Des éléments de costumes traditionnels boliviens, collectés auprès d’artisans, se mêlent aux fils, aux carénages et aux phares de moto. La créature paraît à la fois animale, mécanique et sacrée.

La nature occupe également une place centrale dans Pájaro Verde. Créée en 2019, alors que les incendies ravageaient l’Amazonie, cette œuvre fait apparaître un « oiseau vert », figure protectrice et profondément féminine. Elle rend hommage à la Terre, aux arbres et aux écosystèmes menacés. La même inquiétude traverse Tatu, consacrée au tatou et, plus largement, aux animaux chassés de leur habitat par les incendies de la forêt bolivienne.

Dans Larama – « bleu » en langue aymara –, Kenia Almaraz Murillo se tourne vers l’eau, les fonds marins et les mystères des abysses. Une vaste gamme de bleus est traversée par une vibration rouge qui peut évoquer les coraux ou une présence aquatique indéterminée. Après des œuvres mêlant de nombreux matériaux, l’artiste revient ici à ce qu’elle appelle « la pureté du fil ».

Son travail ne se limite toutefois pas à une réflexion écologique. Les rêves y occupent une place essentielle. Dans la série Les Habitants des rêves, des formes organiques et verticales, proches de petits totems, donnent corps à des présences fugitives : personnages secondaires, impressions ou êtres impossibles à identifier précisément. Les couleurs, les transparences et la lumière tentent de retenir quelque chose de cet univers insaisissable.

Une création conçue pour le Château de Taurines

Le parcours trouve son prolongement dans une installation produite spécialement pour le Château de Taurines. Intitulée Enluminures cryptées, elle a été réalisée par Kenia Almaraz Murillo avec l’artiste Elliott Causse, né en 1992 à Paris.

Peinture sur toile, intervention murale, projection numérique et environnement sonore s’y associent pour investir la grande salle du second étage. Les formes inspirées des tissages de Kenia Almaraz Murillo dialoguent avec les structures cartographiques développées par Elliott Causse. Géométries, signes et motifs abstraits composent un langage mystérieux dont la signification demeure volontairement ouverte.

La projection agit comme un tissage immatériel. Les formes apparaissent, circulent et se transforment autour du visiteur. Accompagnée d’une composition sonore intégrant notamment des chants de grenouilles, l’installation invite moins à suivre un récit qu’à se laisser envelopper par les couleurs, les vibrations et la lumière.

Cette création entre en résonance avec l’architecture du Château de Taurines. Le monument n’est plus seulement le cadre de l’exposition : ses volumes, ses murs et sa charpente deviennent une composante de l’œuvre. Les installations modifient la perception des salles et instaurent un dialogue entre le patrimoine du lieu et une création résolument contemporaine.

Chateau Taurine

Coproduite par l’Association du Château de Taurines et les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse, l’exposition s’inscrit dans le programme régional Gestes – Arts et savoir-faire en Occitanie. Elle montre comment un geste aussi ancien que le tissage peut continuer à se renouveler, à raconter les bouleversements du monde et à inventer de nouvelles formes.

EXPOSITION

CRÉATURES DE FIL ET DE LUMIÈRE

Kenia Almaraz Murillo, avec Elliott Causse


Château de Taurines, Centrès
Jusqu’au 17 octobre 2026

Informations : cliquez-ici

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