Jean-Paul Desprat

la mémoire du château de Gironde, s’est éteint

Historien, romancier et propriétaire du château de Gironde, à Saint-Parthem, Jean-Paul Desprat est décédé lundi 21 septembre 2026 à Paris, à l’âge de 79 ans. Aveyronline avait eu le privilège de le rencontrer en 2024 et de recueillir, face à la caméra, l’histoire de cette demeure familiale dominant la vallée du Lot.

Mr Jean-Paul Desplat, Chateau de Gironde

Jean-Paul Desprat s’est éteint à Paris, entouré des siens, des suites d’une maladie foudroyante. Avec sa disparition, l’Aveyron perd un homme de culture profondément attaché au Rouergue, à son histoire et à la transmission de son patrimoine.

Historien, biographe, romancier et conférencier, il était aussi indissociable du château de Gironde, cette ancienne forteresse dressée au-dessus de Port d’Agrès, sur la commune de Saint-Parthem. Un lieu dont il ne se considérait pas seulement comme le propriétaire, mais comme le dépositaire provisoire d’une histoire longue de près de mille ans.

Entre Paris et la vallée du Lot

Né en 1947 d’un père d’origine auvergnate et d’une mère rouergate, originaire de Flagnac, Jean-Paul Desprat avait grandi à Paris sans jamais rompre le lien avec l’Aveyron.

Après des études de droit et d’histoire, il obtint un doctorat d’État en droit avant d’entamer une carrière dans l’industrie, notamment au sein du groupe Saint-Gobain. Ses nombreux déplacements professionnels entre la France et l’Allemagne lui offrirent paradoxalement le temps nécessaire pour écrire ses premiers romans, dans les trains et les chambres d’hôtel.

À la fin des années 1980, il publia Le Marquis des Éperviers, premier volet de la trilogie La Fougère et les Lys. Suivront une trentaine d’ouvrages dans lesquels l’exigence de l’historien se mêle au souffle du romancier.

Spécialiste des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, puis de la Révolution française, Jean-Paul Desprat consacra notamment des biographies à Henri IV, Madame de Maintenon, Mirabeau ou au cardinal de Bernis. Après Une histoire des Girondins, publiée en 2025, il avait fait paraître au début de l’année 2026 Danton, bonhomme ou démon, ultime témoignage de son insatiable curiosité pour les grandes figures de l’Histoire.

Gironde, une histoire familiale

L’autre grande œuvre de sa vie fut le château de Gironde.

Ses parents avaient acquis la demeure en 1969. Quelques mois plus tard, le 10 octobre 1970, la foudre s’abattait sur les toitures et provoquait un violent incendie. Roger Desprat, son père, entreprit alors avec obstination la reconstruction du château. En 1971, la chapelle voisine fut à son tour touchée par un incendie avant d’être restaurée sous l’impulsion de l’abbé Raymond Lacassagne.

Jean-Paul Desprat poursuivit ce travail de sauvegarde avec sa sœur Agnès, conscient de la responsabilité que représente un tel héritage. Il refusait d’ailleurs volontiers le terme de « châtelain », trop chargé à ses yeux d’une noblesse dont sa famille, issue du monde paysan et hôtelier, ne se réclamait pas.

Son ambition était ailleurs : se rendre digne du lieu, l’adapter aux contraintes du présent et prolonger son histoire sans jamais la trahir.

Sous son impulsion, Gironde demeura un lieu vivant, ouvert à la littérature, à la musique, aux arts et aux rencontres. Il y créa notamment, en 2014, le Prix littéraire du Pays noir, destiné à faire vivre la mémoire rurale, ouvrière et industrielle du bassin de Decazeville.

Quelques semaines seulement avant sa disparition, le château accueillait encore l’exposition et le concours artistique « Gironde mon amour », ainsi qu’un concert de musique classique.

Lorsque Jean-Paul Desprat nous racontait Gironde

En mai 2024, Aveyronline avait eu la chance de rencontrer Jean-Paul Desprat au château de Gironde et de réaliser un court film en sa compagnie.

Face à notre caméra, il avait raconté l’histoire et les histoires de cette demeure dominant la vallée du Lot : la première famille des seigneurs de Gironde, mentionnée dès le XIᵉ siècle dans un cartulaire de Conques, la destruction du château par un incendie en 1676, la famille de Felzins ou encore la présence d’Hugues Panassié, figure majeure de l’introduction du jazz en France.

Avec précision, simplicité et un goût évident pour le récit, Jean-Paul Desprat faisait parler les pierres. Il ne récitait pas une chronologie : il redonnait vie aux femmes et aux hommes qui avaient traversé Gironde. L’érudition n’était jamais chez lui une démonstration, mais une manière de partager ce qu’il appelait volontiers « le bonheur de la curiosité ».

Ce film prend aujourd’hui une valeur particulière. Il conserve sa voix, son regard et sa façon si personnelle de relier la grande Histoire à celle d’une maison, d’une famille et d’un territoire.

Un passeur d’histoire

Jean-Paul Desprat laisse derrière lui une œuvre littéraire importante, mais aussi une conception exigeante et généreuse du patrimoine. À ses yeux, préserver un lieu ne signifiait pas le figer. Il fallait au contraire continuer à l’habiter, à l’ouvrir et à le transmettre.

Il savait que le château de Gironde lui survivrait. Il évoquait déjà la génération suivante — ses enfants et ses neveux — appelée à poursuivre l’histoire de cette vieille forteresse veillant sur le Lot.

Aujourd’hui, Gironde demeure. Mais une voix s’est tue : celle d’un historien qui savait raconter, d’un écrivain qui savait transmettre et d’un homme qui avait fait de la curiosité une manière d’être au monde.

La rédaction d’Aveyronline adresse ses pensées les plus sincères à sa famille et à ses proches.

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