Dès sa nomination en 2011, François Fonlupt a sillonné l’Aveyron pour s’imprégner de ce territoire aux 36 paroisses, traditionnellement catholique, qui voit évoluer une société où l’Église de Rome semble parfois éloignée des préoccupations de chacun.

On connaît mal le quotidien d’un évêque dans ses différentes fonctions…

Mon quotidien n’est jamais le même. L’évêque porte la préoccupation de la vie de l’Eglise sur un diocèse. Il conduit l’église sur ce territoire, et donc il y a tout l’aspect de soutien aux personnes dans les paroisses, dans les associations, auprès des laïcs qui ont des missions pastorales, les célébrations comme les confirmations, les visites aux congrégations et bien sûr le travail avec les prêtres qui déploient la mission de l’évêque sur le territoire de leur paroisse. Je ne m’occupe pas de l’administration mais je veille à l’économie et aux finances du diocèse. Et puis il y a les rencontres régulières avec les autorités locales et départementales… Mes journées commencent toujours par un temps de prière.

Quels sont les rapports de l’Évêque avec le Pape ? Le rencontrez-vous régulièrement ?

Pas régulièrement, ces rencontres durent quelques petites minutes mais elles sont très importantes. Le Pape, parce qu’il est Évêque de Rome, fait la cohésion de l’Église universelle. Le lien avec lui est donc capital. Tous les 5 ans nous participons à une visite au tombeau des apôtres à Saint-Pierre de Rome et chaque évêque prépare pour le Pape un document qui présente la vie de son diocèse.

Comment allez-vous présenter ce diocèse de Rodez qui a été extrêmement puissant, tant d’un point de vue spirituel que temporel ?

Ce diocèse se transforme vite et de manière impressionnante. Il suffit de voir le nombre d’églises sur le territoire pour se convaincre que l’on est face à un département enraciné dans la chrétienté. Tout cela a été bousculé par l’évolution de la société rurale partir des années 1960/1970 quand les familles se sont dispersées. On était dans une société chrétienne resserrée, entrer au séminaire, rejoindre les missions avait du sens, les vocations étaient nombreuses. Cela a fortement diminué, on est aujourd’hui face au renouvellement des fidèles et l’Église doit aussi se transformer.

Quels moyens prenez-vous pour essayer de rapprocher l’Église de ses fidèles perdus ?

L’Église propose une stabilité de l’Évangile et de la foi, et si elle essaie de transformer sa manière d’en parler, c’est la même conviction qu’auparavant. Si certains ont pris leurs distances, d’autres ont trouvé une nouvelle manière d’être présent. On naissait chrétien, les Aveyronnais était baptisés à 95% ; aujourd’hui on découvre qu’on peut devenir chrétien, ce qui est un très vieil adage des pères de l’Église que l’on avait perdu. Et non seulement on le devient mais il faut choisir de le rester. Ces gens qui constituent ce noyaux dynamique sont de plus en plus investis dans la vie de l’Eglise.

Les conclusions du synode découlent de cette réflexion…

Il était important de comprendre ce qui nous était arrivé. On ne reviendra plus sur la période que j’évoquais, alors voyons dans quel sens nous allons nous engager. Ce synode a duré deux ans, des centaines de personnes de tous horizons ont témoigné. Puis deux cents personnes, dont une grande majorité de laïcs, ont réfléchi ensemble. Ce travail a mis en lumière l’importance de la fraternité et de la relation aux autres ; pour les croyants la relation à Dieu. Cela a fait apparaître une demande forte de lire et comprendre la Bible ; de formation autour de la compréhension de notre foi. Ces formations ont démarré récemment, c’est le groupe Théophile dont la première réunion a rassemblé 300 personnes ce qui est très significatif. Cela nous a amené aussi à créer, dans chaque paroisse, une maison de vie.

Nous sommes dans la période des fêtes, que reste-t’il du Noël chrétien ?

Noël a pris la place d’une fête païenne qui célébrait le solstice d’hiver. Bien qu’elle soit devenue une période de consommation très matérielle elle reste une fête universelle. Les personnes ont besoin de cette coupure avec leur quotidien difficile. C’est une fête familiale, celle des enfants, c’est la trêve. Pour les chrétiens c’est un phare dans la nuit, c’est la lumière de Dieu qui prend visage humain.

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