Purflux
70 ans dans la mémoire de Marcillac.
1956-2026. Depuis soixante-dix ans, l’usine de Moulines appartient au paysage de Marcillac-Vallon. Les noms ont changé, les bâtiments se sont agrandis, les machines se sont modernisées, mais des générations de femmes et d’hommes ont franchi chaque jour ses portes. Au-delà de l’aventure industrielle de Purflux, son histoire appartient désormais au patrimoine humain et à la mémoire collective du Vallon.
Au milieu des années 1950, Marcillac traverse une période difficile. La commune compte 1 273 habitants en 1946, mais seulement 1 172 en 1954. La moitié de la population vit encore de l’agriculture, tandis que l’activité des moulins vient de disparaître.
C’est dans ce contexte que le docteur Henri Périé publie, le 11 avril 1956 dans Le Rouergue Républicain, un article au titre presque programmatique : « Vers un renouveau économique dans le Vallon par une tentative d’industrialisation ». Son constat est sévère : derrière l’image d’un territoire privilégié se cache une crise profonde. Mais, écrit-il, l’amour de la « petite patrie » interdit de « se résigner à la voir décliner à grands pas ».
L’idée est lancée : créer une activité capable de retenir des habitants au pays.
Des premiers tours du quai du Cruou à Moulines
Tout va alors très vite. Dès le 17 mai 1956, Le Rouergue Républicain annonce l’installation des premiers tours dans un atelier provisoire situé 1, quai du Cruou, où sont formés les apprentis.
Pendant ce temps, le terrain de Moulines est préparé. Difficile d’imaginer aujourd’hui qu’avant l’usine, cette plaine était un immense jardin potager, cultivé par un jardinier professionnel.
La construction commence le 23 juillet 1956 et le bâtiment est inauguré le 23 mars 1957. Aux côtés de l’industriel M. Anglade, le conseil d’administration réunit plusieurs personnalités locales : Henri Périé, le maire Jean Auzel, le colonel Bedos et Georges Rucheton, alors directeur du Rouergue Républicain.
L’aventure des établissements Anglade sera pourtant brève. Dès septembre 1957 intervient un règlement judiciaire.
Mais l’histoire industrielle de Marcillac ne s’arrête pas là.
Manuval, la Manufacture industrielle du Vallon
Un autre homme va jouer un rôle essentiel : Pierre Bessière, président du groupe Labinal et profondément attaché au pays de ses ancêtres.
Des discussions avec Henri Périé naît, le 13 mai 1959, Manuval – Manufacture industrielle du Vallon, qui rachète les établissements Anglade et leur atelier. L’appui du groupe Labinal donne alors à l’usine les moyens de se développer.
Une première extension est engagée dès 1960. En août 1961, de nouvelles productions sont transférées depuis la CEPRO de Rodez. Puis, en 1969, commence à Marcillac la fabrication des filtres à huile Purflux.
L’usine prend progressivement une place considérable dans la vie locale. Dans le Vallon, rares deviennent les familles qui n’ont pas un parent, un voisin ou un ami passé par Manuval puis Purflux.
L'usine imprime sa marque dans le paysage
À son apogée, dans les années 1970, plusieurs centaines de personnes travaillent à Moulines.
À chaque changement d’équipe, des navettes sillonnent le territoire pour conduire les ouvriers à l’usine puis les ramener chez eux. Certaines vont jusqu’à Decazeville, d’autres vers Rodez et à travers le Vallon. L’image de ces cars fait aujourd’hui partie des souvenirs d’une époque où les horaires de l’usine rythmaient une partie de la vie locale.
Dans les ateliers travaillent de nombreuses femmes, notamment au pliage manuel des éléments filtrants. On y retrouve aussi des agriculteurs pour lesquels le salaire de l’usine complète les revenus d’une petite exploitation.
Marcillac devient ainsi un territoire singulier : terre de vigne et d’agriculture, mais aussi terre ouvrière. Ces deux mondes ne sont d’ailleurs pas toujours séparés. Ils peuvent se retrouver dans une même famille, parfois chez une même personne.
Quand l'usine rythmait la vie du Vallon
L’empreinte de Manuval et de Purflux dépasse les murs de Moulines.
En 1961, la municipalité décide de réduire de moitié la patente de Manuval pour accompagner son développement. La même année sont décidées la construction de l’« immeuble rose » et celle du lotissement des Loyes, afin notamment de répondre aux besoins de logement liés à l’usine.
En 1973, un pont est construit sur le Créneau pour permettre son extension sur la rive droite.
Soixante-dix ans plus tard, ces éléments racontent à leur manière combien l’usine a participé à façonner le Marcillac contemporain.
Cette histoire possède aussi sa mémoire sociale. En avril et mai 1975, un important mouvement de grève éclate pour réclamer des augmentations de salaire et une convention collective. Le conflit est vif : le directeur, M. Lavergne, est retenu quelques heures et des manifestants interviennent même le jour de la Saint-Bourrou.
Un épisode qui rappelle que Marcillac possède également une histoire ouvrière et syndicale, aujourd’hui moins visible que son patrimoine viticole mais tout aussi constitutive de son histoire récente.
Un patrimoine humain et industriel
Les décennies suivantes voient se succéder les noms et les propriétaires. Manuval devient SA Purflux en 1976, puis viennent Filtrauto, Valeo, Sogefi et aujourd’hui Purflux Group.
Les ateliers eux-mêmes ont profondément changé. Les gestes manuels ont progressivement laissé davantage de place aux automatismes. Mais certains savoir-faire développés à Marcillac se sont transmis et perfectionnés au fil des générations.
C’est peut-être ainsi qu’il faut regarder aujourd’hui les 70 ans de Moulines.
Car il reste de cette histoire bien davantage qu’une usine.
Il reste des bâtiments, un pont sur le Créneau, des logements construits pour accueillir les ouvriers. Il reste le souvenir des cars qui parcouraient le Vallon jusqu’à Decazeville, celui des changements d’équipe, des grèves, des ateliers et des familles dont plusieurs générations ont travaillé à Moulines.
À côté du patrimoine viticole, religieux et architectural auquel Marcillac est spontanément associé existe ainsi un autre héritage, plus discret : un patrimoine industriel et ouvrier.
Purflux en est depuis soixante-dix ans le principal témoin.
L’usine n’est finalement pas seulement installée à Marcillac. Au fil des générations, elle est devenue une part de Marcillac.





