CHATEAU de BOURNAZEL
Un orgue napolitain du XVIIIe siècle retrouve sa voix.
Le château de Bournazel enrichit son patrimoine musical avec un orgue historique probablement construit à Naples au XVIIIe siècle. Après plusieurs mois de restauration, les quelque 300 tuyaux de l’instrument résonneront de nouveau lors d’un concert inaugural donné par Yves Rechsteiner, samedi 31 octobre 2026 à 20 heures.
À Bournazel, la renaissance du patrimoine ne s’arrête pas aux pierres, aux décors sculptés et aux jardins. Elle passe également par la musique et par ces instruments anciens capables de restituer les sonorités d’une époque. Après le piano de concert Steingraeber, le clavecin construit par Claude Labrèche en 1699, classé Monument historique, et une copie d’un clavecin allemand du XVIIIe siècle réalisée par Philippe Humeau, le château accueille désormais une nouvelle pièce remarquable : un orgue de style baroque italien.
Acquis au printemps 2024 lors de la succession d’un collectionneur passionné, l’instrument ne possédait alors ni véritable état civil ni histoire clairement établie. Son origine, son constructeur et les différentes étapes de son existence demeuraient inconnus. Son architecture fournissait cependant de premiers indices : un clavier manuel, un pédalier court, une sonorité brillante et puissante ainsi qu’un élégant buffet dont le décor évoquait immédiatement les productions italiennes.
Il fallait encore démonter l’orgue, examiner sa mécanique et étudier chacun de ses tuyaux pour commencer à percer son mystère.
Un instrument venu de Naples
Cette enquête patrimoniale et musicale a été confiée à Alain Faye, facteur d’orgues installé à Preignac, en Gironde, et spécialiste des instruments italiens. Entre janvier et juin 2026, avec le soutien financier du Département de l’Aveyron, l’orgue a été entièrement démonté, étudié puis restauré.
Les observations réalisées au cours du chantier confortent aujourd’hui l’hypothèse d’une origine napolitaine. Le décor du buffet permettrait de situer sa construction vers le milieu du XVIIIe siècle. À cette époque, les ateliers de l’école napolitaine produisaient de nombreux instruments comparables, plus ou moins richement ornés, mais généralement construits selon des principes techniques communs.
Les matériaux employés correspondent eux aussi à cette tradition : du peuplier pour la caisse, du noyer pour le sommier, du châtaignier pour les tuyaux de bois, de l’étain pour les tuyaux de façade et un alliage de plomb pour les autres tuyaux métalliques.
L’instrument en compte environ 300. Son clavier manuel possède 45 touches en buis et en ébène, avec une octave courte, tandis que son pédalier en tirasse comprend 20 touches. Sa composition associe notamment un principal de huit pieds, plusieurs jeux d’octave, un cornet à deux rangs, une flûte et un tremolo.
Le démontage a montré qu’une grande partie de la tuyauterie ancienne, en bois comme en métal, se trouvait encore dans un état satisfaisant. Ces éléments ont donc été conservés. Seuls quelques tuyaux de fabrication plus récente et de qualité médiocre ont été remplacés. Le diapason d’origine, fixé à 440 Hz, ainsi que l’accord en tempérament inégal ont également été préservés afin de respecter la personnalité sonore de l’instrument.
Une inscription retrouvée au cœur de l’orgue
La restauration a aussi permis de faire une découverte précieuse. À l’intérieur de l’orgue, une petite planche de pin portait une inscription au crayon indiquant que l’instrument avait été « pulito ed accordato », nettoyé et accordé, par Antonio Palmieri en octobre 1908.
Très actif dans le sud de l’Italie durant la seconde moitié du XIXe siècle, Antonio Palmieri appartenait vraisemblablement à une famille de facteurs d’orgues. Il pourrait avoir été un descendant de Pasquale Palmieri, lui-même connu pour son activité à Naples et auquel l’instrument de Bournazel pourrait être rattaché.
Cette attribution reste toutefois une piste de recherche. Les armoiries peintes sur les volets de protection de l’orgue n’ont pas encore livré leur signification et pourraient, à l’avenir, apporter de nouveaux éléments sur ses premiers propriétaires et sur son parcours avant son arrivée en Aveyron.
L’histoire de cet instrument demeure donc en partie à écrire. Mais sa restauration permet déjà de retrouver sa voix et de mieux comprendre la circulation des savoir-faire et des objets musicaux entre l’Italie et le reste de l’Europe.
L’orgue a désormais pris place dans l’une des salles historiques du château, dont l’acoustique se révèle particulièrement adaptée à sa sonorité. Il ne sera pas seulement présenté comme un objet de collection : il est destiné à être joué, entendu et intégré à la programmation culturelle de Bournazel.
Yves Rechsteiner pour faire entendre toutes les couleurs de l’orgue
Le concert d’inauguration après restauration sera donné par Yves Rechsteiner, samedi 31 octobre à 20 heures. Organiste et claveciniste né en Suisse, formé à Genève puis à Bâle, il compte parmi les spécialistes reconnus des instruments anciens.
Lauréat de plusieurs concours internationaux, il enseigne depuis 1995 la basse continue au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon, où il a également dirigé le département de musique ancienne jusqu’en 2014. Il assure aujourd’hui la direction artistique du festival Toulouse les Orgues.
Sa curiosité musicale le conduit régulièrement à faire dialoguer les époques et les répertoires. Ses programmes associent la musique baroque et classique à des univers parfois plus inattendus, de Jean-Philippe Rameau à Johann Sebastian Bach, mais aussi de Mozart à Berlioz ou Frank Zappa.
Pour cette soirée inaugurale, Yves Rechsteiner proposera un parcours à travers les musiques européennes des XVIIe et XVIIIe siècles. Le programme réunira des œuvres de Michelangelo Rossi, William Byrd, John Dowland, Girolamo Frescobaldi, Bernardo Storace, Johann Caspar Kerll, Georg Muffat et Johann Sebastian Bach. Autant de compositeurs qui permettront de faire entendre les différentes couleurs, les contrastes et les possibilités expressives de l’instrument.
Ce concert clôturera la saison culturelle 2026 du château. Il marque surtout une nouvelle étape dans le projet développé à Bournazel : faire du monument restauré un lieu vivant, où l’architecture, les arts, la recherche et la musique se répondent.
Dans ce château Renaissance profondément marqué par l’influence italienne, l’arrivée d’un orgue napolitain ne relève d’ailleurs pas du hasard. Elle prolonge naturellement le dialogue entre la France et l’Italie déjà inscrit dans les façades, les décors et les jardins de Bournazel. Le 31 octobre, ce dialogue prendra la forme d’un souffle retrouvé.
Informations et réservations
Samedi 31 octobre 2026 à 20 heures
Tarif plein : 30 € / –18 ans : 25 €
Réservations : cliquez-ici
Tél : 05 65 80 81 99 ou 06 65 54 12 42
Adresse : Château de Bournazel, Place du Foirail 12390 BOURNAZEL





